3. Varsovie
Après sa
première année d’étude,
elle change d'académie pour être plus au centre du
pays et plus proche des
mouvements culturels. Elle va donc étudier dans la capitale.
Mais juste avant de partir,
elle obtient un prix au Concours de
Musique Contemporaine en interprétant 10 études
de Grazyna Bacewicz et quelques
morceaux de musique moderne polonaise (Artur Malawski, Kazimierz
Serocki).
À Varsovie, sa vie change: petite chambre très
éloignée du
centre-ville, très mal chauffée en hiver (parfois
10° pas plus), par contre
avec la possibilité de travailler son
piano entre 7h – 22h !!!

Varsovie,
Château
du Roi
Avec le 1er concerto de
Prokofiev, elle acquiert tout de suite une très bonne
réputation à l’Académie
de Musique de Varsovie qui était et est aujourd'hui encore,
très sévère et très
critique.
Soudainement, elle
découvre avec
passion la musique de chambre. Elle commence par la Sonate de
Rachmaninov pour
violoncelle et piano. Ce duo créé en 1985 avec
la
magnifique violoncelliste, Katarzyna Drzewiecka, jouant sur un
très bel instrument, existera jusqu'au
départ de la
pianiste pour la Suisse en 1997.
1985
Elle obtient le 2ème prix au “Concours pour la
meilleure
interprétation des études de Chopin”:
Le jury apprécie tout particulièrement
les études op. 25 n° 6 (Tierces) et n°12
(Arpèges).
À
Varsovie, la vie culturelle
musicale est très développée et cela,
malgré ou grâce, au communisme au
pouvoir:
- Trouver un orchestre avec qui faire un
concert ne pose
aucun problème.
- Faire un récital dans une bonne
salle sur un piano
Steinway, tout cela fourni gratuitement est très
aisé.
- Le Bureau National des Concerts organise
tout :
Petite tournée, hôtel, publicité,
interview à la télé et à la
radio.
L'artiste gagne de l’argent et il ne dépense rien, tout
est
payé par le Bureau !
Véritable
paradis
1984-1988
Masterclass d’été
à Duszniki-Zdroj.
En
1987 Un grand
événement : L’anniversaire de
Villa–Lobos. Elle joue sa suite n° 2
« Les Animaux» tirée de « Le
prole do bébé » en récital
dans la prestigieuse salle de Société de Chopin
à Varsovie.
Salle
TiFC
Cette musique encore jamais jouée en Pologne a
rapporté à la pianiste un grand succès
ayant pour conséquence un plus grand nombre de concerts et
des conférences dans tout le Pays.
Elle achève ses études en 1988
avec Bronislawa Kawalla. Pour son examen final, elle fait deux
récitals avec entre autres au programme: Variations de Brahms
sur un thème de Händel, IIIème Sonate de Chopin, op.
109 de Beethoven et avec orchestre: la rapsodie sur un thème de
Paganini op.43 de Rachmaninov.
Elle obtient les félicitations du jury, les meilleurs notes
etc.. et tout ce blabla, ces compliments flatteurs que l’on
oublie assez rapidement…
1989 un concert inoubliable:
“Rapsodie sur un thème de Paganini” de Rachmaninoff
avec Orchestre de la Radio Polonaise sous la baquette de Jerzy
Salwarowski. Une seule répetition avec orchestre et une avec le
chef suffiront pour obtenir un grand succes.
Effectuer des concours ou des concerts à l'étranger est
en revanche toute une autre histoire :
1 Pas de passeport
2 Une invitation du pays à visiter pour
obtenir un visa
3 Visa obligatoire
En 1988 , malgré toutes ces difficultés, Joanna
Brzezinska part à Palma de Majorque pour le Concours Chopin.
Trois épreuves sont passées avec succès, mais au
dernier tour, elle n'obtient pas de prix. Raisons invoquées :
« Nous ne pouvons pas donner une deuxième fois le prix
à un pianiste venant d'un pays communiste. ». C’est
finalement un français qui gagne...
Il lui reste toutefois la grande fierté d'avoir participé
à ce concours hors des frontières polonaises, mais en
fait cela en vaut-il vraiment la peine ?
Il existe en Pologne à l’époque le bureau de
concert “Pagart” qui organise fort bien les
tournées à l’étranger. Avec cette agence,
Joanna Brzezinska voyage aussi un peu partout dans les anciens pays
communistes. Les arangements financiers n’étaient pas
très intéressants pour les artistes, mais excellents pour
“Pagart” .
Pour participer à un concours en ancienne Yougoslavie, moins de
formalités sont à remplir, mais plus de concours internes
à passer et à réussir pour profiter de frais de
déplacement et de séjour gratuits.
La ville de Belgrade semble moins pauvre que Varsovie. Deux
pianistes sont choisis par le jury national pour
représenter la Pologne. Son collègue, très grand
concurrent qui selon elle, aurait franchement mieux joué
qu'elle, est finalement éliminé au premier tour...
« Les concours ne sont jamais justes. » dira-t-elle.
La même situation se répétera à
Göttingen quelques années plus tard !
À Belgrade, l’Union des compositeurs Yougoslaves lui donne
une distinction, mais une amertume reste en elle. Elle ne souhaite plus
participer au marathon des concours. Mais c’est le seul moyen
pour elle d'aérer ses neurones et de sortir de Pologne.
En plus d’un concert ou un récital par semaine et deux
concours par an la pianiste en
1990 a décidé d'essayer d'enseigner aux
côtés de son professeur en tant qu'assistante... Elle fait
ce choix pour vivre un peu plus aisément.
Suite...